Marc Delouze

Né à Paris. Vit entre La Goutte d’Or (Paris) et Fécamp (Normandie). Poète et voyageur « par la force des choses ». Premier recueil en 1971, Souvenirs de la Maison des Mots, (précédé de Par manière de Testament, d’Aragon).

En résidence d’un an à Budapest (Hongrie), en 1975-76, réalise une Anthologie de la poésie hongroise contemporaine. Quelques années plus tard, se refusant à "faire le poète", s’installe dans un silence éditorial d’une vingtaine d’années. En 1982, il crée, avec Danielle Fournier, l’association Les Parvis Poétiques, qui organise des événements, des festivals, des expositions sonores, des lectures-spectacles, etc., en France et à l’étranger.

Co-fondateur et conseiller littéraire de feu le festival « Les Voix de la Méditerranée de Lodève ». Créateur et animateur du festival « Tout un poème ! » à Paris (18è) depuis 1995. Il parraine le tout jeune festival « C’Mouvoir », dans le Cantal. Traduit dans une vingtaine de langues. Il se produit en France et à l’étranger dans des « lectures-concertantes » avec des artistes de différentes disciplines.

Extrait

Le sel du silence

Les mots qui marchaient sur la mer
un jour ont perdu pied
ils ont coulé et c’est au fond
depuis
qu’ils reposent
comme des vieux ressorts rouillés
ils sont la mémoire enfouie de nos lits
où s’effondraient nos rêves impossibles

(ah la mer c’est la mort mille fois murmurée)

et depuis
ils attendent
les mots
que s’évapore la marée des eaux
pour enfin retrouver le sens ancien
et briller d’un éclat de corail aux aurores
sur la page immaculée d’un silence de sel

Rohavec, Kosovo, 15/09/15

Valletta fiction

A tous les migrants morts de par le monde, qui sont la mort de la mémoire
et à Erri de Luca, mémoire de la Méditerranée

Tu crois que c’est la mer
Tu crois que c’est de l’eau
Mais ne sont que des mots
Qui enflent comme vagues de sable
Dans le dur désert du désir

Tu crois que c’est une ile
Tu crois que c’est un port
Tu crois ce que tu regardes
Mais tu ne vois que ton regard
Et n’entends que l’écho de ta propre voix

Tu crois que c’est la pierre
Tu crois que c’est la ville
Mais ce n’est qu’un décor
Pour un théâtre de souvenirs

Alors tu as plongé crois-tu dans le poème de la mer
Mais c’est l’Enfer qui t’a reçu
Et tu as bu à la source de la honte
Dans le silence abyssal d’Homère
Où l’Europe a coulé comme un os sans sépulture

Tu crois que c’est la mer
Tu crois que c’est de l’eau
Mais ce ne sont que des cris engloutis
Sous la houle de terreur
Qui désespère d’un quelconque rivage

Malte, septembre 2014

Bibliographie

Dernières publications  :

T’es beaucoup à te croire tout seul, poème, La passe du vent, 2000
La Diagonale des poètes, essai, La passe du vent, 2002
Epouvantails, poèmes, Lanore-littérature, 2002
L’homme qui fermait les yeux sans baisser les paupières, récit, Le bruit des autres, 2002
Rue des martyrs, récit, Le bruit des autres, 2003
Dames de chœur, récit, Le bruit des autres, 2004
Des poètes aux Parvis, anthologie, La passe du vent, 2007
Yeou, Piéton des Terres, poème, La passe du vent, 2007
C’est le monde qui parle, récit, Verdier, 2007
14975 jours entre (Poésies en phase terminale…), poèmes, La passe du vent, 2012
Le chant des terres, poème, La Porte, 2014
L’invention du paysage, poème, les lieux-dits, 2016
Chroniques du Purin, roman, l’Amourier, 2016
Petits Poèmes Post-it, 73 quasi-haïku, Maelstrom éditions, coll. bookleg, 2018

Livres d’artistes :

Un homme rien qu’une fois, avec Jean-Louis Espilit (Les Rencontres Contemporaines, 2004)
Dans la bouche le sable du silence, avec Patricia Nikols (Transignum, 2004)
Narcisse en Hamlet, avec Patricia Nikols (éditions Daniel Leuwers, 2007)
Diogène à la lampe borgne (Transignum, 2011)
L’homme qui fermait les yeux, poème, aquarelles de Marc Giai-Miniet, éd. la Lune bleue, 2012
L’aimant du vide attire le silence des formes, poème, avec une gravure aquarellée de Marc Giai-Miniet, Les éditions du nain qui tousse, 2012
Noué, poème, avec une gravure aquarellée de Marc Giai-Miniet, éd. Le nain qui tousse, 2013
Arraché, poème, avec une gravure aquarellée de Marc Giai-Miniet, éd. Le nain qui tousse, 2013
Cependant on verrait dans la ville défaite, poème, sur une encre de Maria Desmée, 2016
Le sel du silence, poème avec 21 variations picturales de Patricia Nikols, Les Cahiers du Museur, collection A côté, 2016
Frontières dépliées, poème sur une peinture originale de Germain Roesz, Les uniques, Les Lieux dits, 2018

Par manière de testament (extrait)

« Voici cette voix neuve que j’écoute grandir, s’affermir, triompher d’elle-même : un premier livre, à mes yeux, demeure après cette longue vie, toujours une chose émouvante, une naissance de l’homme… ce Marc Delouze dont il faut apprendre le nom, comme d’autres fois on apprit Nerval ou Rimbaud. Ah, je vous en prie, ne dites pas que j’exagère ! N’entendez-vous pas combien j’aime ces poèmes, et qui aime exagère‑t‑il jamais ?
Quelque chose ici commence. Quelque chose dont je ne verrai point la fin. Mais que je me hâte de prédire, avec les dernières forces de mon âge. »
Aragon (préface à Souvenirs de la Maison des mots, 1971)

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