Manquant tomber d’Alain Levêque

Manquant tomber d'Alain Levêque

« Il faut prêter attention à la poésie d’Alain Lévêque. Je vois en elle des aspects de la création poétique que notre époque a décidé de négliger, voire de proscrire, privant celui qui se veut poète d’accéder au plus originel de sa vocation à écrire. (…) Le matin de l’esprit brille clair dans ce beau livre. Et c’est vrai que le jour s’est parfois levé dans son écriture d’une façon quasiment soudaine, ce qui incite à penser qu’existe bien chez Alain Lévêque cet autre qui, s’éveillant ainsi, pourrait bien s’imposer alors aux dépens de tout autre emploi de la parole. J’ai eu la chance de voir naître les poèmes qui paraissent aujourd’hui, ce fut pendant quelques semaines un surgissement inattendu, des suites de 15 à 30 vers, rarement plus, imposant leur rythme, large, accueillant, et montrant aussi, dans le lieu d’existence lavé comme par l’averse l’est une vitre, non seulement le sophora ou la brouette d’un jardinier ou une entrée de métro - ou "la cristalline, la discrète jasione des montagnes" - mais l’air même, l’air de la neuve journée qui prend tout cela dans ses mains légères, l’une le tout, l’autre le rien. En somme, une suffisance. (…) Un livre de poésie nous incite à une question sur la musique. Ce n’est peut-être pas là sa façon la moins courageuse d’être fidèle au voeu qui a rassemblé les poètes à travers l’histoire et, en voici la preuve, garde sens encore aujourd’hui. » Yves Bonnefoy

Paru le 1er octobre 2011

Éditeur : L’Escampette

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.