Mains libres : Paul Eluard/Man Ray

Mains libres : Paul Eluard/Man Ray

Dessins de Man Ray illustrés par les poèmes d’Eluard.

Toutes les pages de ce livre témoignent d’une intuition active et partagée, toujours en mouvement,
toujours éclairante. Deux artistes, avec leurs armes propres, y découvrent leur champ commun. Ils ont les mains libres, mais avec en plus le bonheur d’être ensemble. Ce recueil est un modèle de complicité artistique, les deux auteurs engendrant une œuvre qui exige que les dessins de l’un et les poèmes de l’autre demeurent indissociables. Renversant l’ordre habituel des choses, Paul Éluard avait d’ailleurs tenu à préciser sur la page de titre du manuscrit de travail des Mains libres, que c’était lui, le poète, qui avait « illustré » les dessins de Man Ray. En fait d’illustrations, les textes entre plutôt en résonance intuitive avec les propositions graphiques : on dirait face à face des traits et des mots qui tous ont finalement fonction d’embarcadères et prennent un malin plaisir à jouer de l’égarement ou à décupler les destinations imprévues.
Man Ray imagine une silhouette entièrement constituée d’anneaux et de cylindres, Éluard y voit une Femme portative, et dévoile soudain, par échos successifs, la hantise qui lui tient le cœur :

Si ce que j’aime m’est accordé
Je suis sauvé
Si ce que j’aime se retranche
S’anéantit
Je suis perdu

Toutes les pages de ce livre témoignent d’une intuition active et partagée, toujours en mouvement, toujours éclairante. Deux artistes, avec leurs armes propres, y découvrent leur champ commun. Ils ont les mains libres, mais avec en plus le bonheur d’être ensemble.

Paru le 1er mars 2009

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

La panthère des neiges

L’affût commande de tenir son âme en haleine. L’exercice m’avait révélé un secret : on gagne toujours à augmenter les réglages de sa propre fréquence de réception. Jamais je n’avais vécu dans une vibration des sens aussi aiguisée que pendant ces semaines tibétaines. Une fois chez moi, je continuerais à regarder le monde de toutes mes forces, à en scruter les zones d’ombre. Peu importait qu’il n’y eût pas de panthère à l’ordre du jour. Se tenir à l’affût est une ligne de conduite. Ainsi la vie ne passe-t-elle pas l’air de rien. On peut tenir l’affût sous le tilleul en bas de chez soi, devant les nuages du ciel et même à la table de ses amis. Dans ce monde il survient plus de choses qu’on ne le croit.

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Éditions Gallimard, 2019.