Lune n’est lune que pour le chat

Auteur : Vénus Khoury-Ghata

Lune n'est lune que pour le chat

Illustrations Sibylle Delacroix.

À pattes de velours, Chat se faufile entre les pages de cet ouvrage. Il joue avec la lune et les étoiles, guette les navires engloutis qui remontent à la surface, glisse dans les ruelles à la poursuite de son ombre, hante les lumières de la ville et celles de la scène, avant de s’accrocher aux rideaux et de prendre la lune pour oreiller. Dans cette nuit lumineuse, tout s’anime : Goéland, un vieux célibataire mélancolique, verse une larme à la mort du jour, tandis que Cormoran cherche sa Cormorine et que Cigogne s’éloigne endeuillant le toit et attristant la cheminée par son départ. Il faut encore consoler l’arbre qui pleure toute sa sève et rassurer l’étoile qui a peur de la nuit. Après cette promenade aussi drôlatique que poétique, ne reste plus qu’à s’endormir, tête bêche comme les cinq enfants.

Les étoiles sont-elles clouées ?
la lune porte-t-elle des lunettes
et le nuage un pantalon ?
y a-t-il un facteur au ciel
qui circule à vélo
lettres d’amour dans sa sacoche
cartes postales dans ses poches
il siffle l’air dans sa moustache
lit les adresses à l’envers
jette le courrier au ruisseau.

Paru le 17 octobre 2019

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Jeunesse

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.