Lucienne

Joseph Rouffanche

D’un chemin d’autrefois j’entends son nom : Lucienne.
Dans l’escalier sculpté songe-elle à l’époux ?
Séparé de sa chair par les pièges à loups,
J’attendrai dans les bois que le désir l’amène.

Les maïs, les noyers à sa blancheur conviennent.
La trémière la garde et le bouquet de houx.
Le train de la vallée voudrait qu’un rendez-vous
Lui prépare un wagon que notre amour retienne.

Mais l’été sibilant dans son venin si vert,
Lucienne disparut comme en avril se perd
Le pays soleilleux pour le chevreau défunt.

Restent sa force froide et sa forme bercée,
Par le pinceau de l’air à jamais estompées,
Retournées quelque part à des fleurs sans parfum.

Poème
de l’instant

À la verticale

Quand même le ciel serait lacéré
par nos ombres meurtrières,

recousons-le avec les fils ténus,
et même usés, de nos poèmes

à la verticale de l’hiver comme de l’été
traversés de vents contraires,

gonflés d’une irréductible confiance
en l’impossible advenue.

Réginald Gaillard, Hospitalité des gouffres, « À la verticale », Éditions Ad Solem, 2020.