Lettera Amorosa

Marylin Hacker

Lettera amorosa

A quel « vous » pourrais-je écrire une lettre ?
Tant, mais aucun ce « tu » avec qui je n’ai
jamais dialogué : me serais-je parlé
tout haut à moi-même ?

Toi, crinière de lion, lunettes d’écolière,
flibustant sur les vagues de la panique,
te voilà casée avec gosse, compagne et métier
dans le bas Manhattan.

Toi qui as élu la berge où souvent nous
nous retrouvions autour d’un café au crépuscule
pour annoncer ton départ irrévocable.
Partie, comme prévu.

Toi, mais qui, si je ne t’ai jamais rencontré,
homme, femme, de langue française, anglaise
(arabe ?), tu es parole, présence sans nom,
songe nocturne.

Une lettre alors à la lumière, inachevée,
qui se plie, se déploie mais même les matins d’hiver
s’adonne à la correspondance et répond
à la question.

Marilyn Hacker, traduction Florence Trocmé

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Le désert vivant

Au cœur du rien tout est floraison. La vie est un tout dans le tout, à prendre ou à laisser. Si je ne veux prendre que ce qui m’arrange, je perds tout.

Lorand Gaspar, Le désert vivant, Éditions Le temps qu’il fait, 2004.