Le très vieux temps

Auteur : Jean-Claude Pirotte

Le très vieux temps

Les minces trésors des jours perdus, les infimes richesses de son enfance solitaire bouleversent plus que jamais le vieux cœur du poète qui n’a pas renoncé à la surprise ni à la joie, bien qu’une ombre passe sur son front qui semble toujours plus accablante. Alors il les serre dans le reliquaire fragile de ses chansons boiteuses, par souci d’apaisement peut-être et pour encore donner des gages « au rêve absolu ».

Extrait

parce que le dessein des vies
c’est la mort nous écoutons
les chants lointains de l’innocence
qui se mêlent aux souvenirs

et nous ne savons qui de nous
ou des enfants aux voix ravies
s’avance entre les platanes gris
vers les champs qui bordent le jour

nous allons depuis les temps
premiers jusqu’à ces bords
du ciel qui s’éloignent
jusqu’au dernier jour

qui est encore un jour
mais dans une autre vie

Paru le 1er mars 2012

Éditeur : Le Temps qu’il fait

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Philip Larkin

Où vivre, sinon ?

Est-ce pour maintenant ou pour toujours
Que le monde est pendu à une tige ?
Est-ce pour un rendez-vous ou par ruse,
Ces bois trouvés pour aller faire un tour ?

Est-ce miracle ou mirage
Si vers les miennes se lèvent tes lèvres ?
Et les soleils, comme des balles de jongleurs,
Sont-ils une feinte ou un gage ?

Darde tes feux, mon ange surprenant,
Faisant front de tes seins à la peur coupe court,
Te prenant maintenant, je te prends pour toujours,
Car le toujours est toujours cet instant.

Philip Larkin, Où vivre, sinon ?, Traduit de l’anglais par Jacques Nassif, Éditions de la Différence, 1994.