Le refrain…

Jean-Vincent Verdonnet

Le refrain feutré du ramier
se teinte d’inquiétude tendre
qui s’attarde dans la torpeur
baignant le jardin de septembre
Puis c’est le fou-rire d’un merle
il dit l’approche de la pluie

Au passage de l’écolier
une ombellifère s’incline
pour lui confier son secret

Dernier soupir de la saison
l’autan renoue avec les sentes
où dans un bruissement précoce
s’assourdit l’écho de tes pas

De l’aube aux feux du crépuscule
le mariage des couleurs
eut l’invisible pour témoin
riche des rumeurs d’un autre âge

La nuit boit le lait de l’enfance
elle t’invite à l’imiter
Craquant d’aise le vaisselier
retrouve les chuchotements
de ceux qu’hier a emportés
Leur pays ne les quitte pas
En eux bat lentement son cœur

A ton ciel intérieur s’adresse
le message bleu du chardon
L’horizon n’est plus qu’une grêve
offerte aux épaules de l’heure

Poème
de l’instant

Juneau

Si j’avais été là
À regarder le glacier
Et à me demander pourquoi il recule
Au lieu d’avancer,
Je serais sûrement allé
Au petit café sur le quai
J’aurais déjeuné de flétan frais.
Je me serais trouvé
Là où je devais être,
Dans ma tête, à pencher en eau profonde.

N. Scott Momaday, « Juneau », apulée, Éditions Zulma, 2021.