Le poids d’une éponge croit

Serge Pey

Le poids d’une éponge croit
en proportion avec le nombre
de gouttes d’eau qu’elle absorbe

Mais aucune éponge ne peut absorber
toute l’eau du monde

Quand une éponge est saturée
personne ne peut prévoir
le comportement de l’eau
qu’elle n’absorbe plus
ni le comportement du monde

Il faut imaginer pourtant
une éponge qui absorberait
toute l’eau du monde

Nous la mettrions
à la place de notre mouchoir
dans la poche du coeur
Nous serions un bateau
Nous serions le sel
Nous serions tous les fleuves
du monde qui se jettent dans
le ciel
Une éponge est comme une valise pure
qui contiendrait tout nos chemins

Chaque fois que nous achetons une valise
nous croyons qu’elle va diminuer le poids
des affaires que nous y rangeons dedans

La valise idéale consiste à diminuer
le poids de ce que nous y transportons
jusqu’à ne peser que son poids de valise
ou à devenir plus légère que ce qu’elle était au départ jusqu’à
ne plus exister

Dans une éponge idéale on peut
ranger toute la mer
si on la place dans la poche du coeur

Dans une valise idéale
on peut ranger tout l’univers
la troupe engloutie des étoiles
une seule fourmi
un seul amour

Dans un poème on peut ranger
tout l’avenir
qu’on voudrait faire exister

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Poème
de l’instant

Cécile Coulon

Courir

La course, la vraie, est une fureur carnivore. Un astre brûlant caché dans les jointures du corps ; elles grincent, la nuit, comme un miracle froissé. Une force qui rugit, à laquelle nous sommes forcés de croire puisque qu’il n’y a qu’elle qui puisse suspendre aux crochets des montagnes des femmes et des hommes emplis de cette beauté brutale qui ne supporte ni la lenteur, ni les cris, ni ces bouquets d’amnésie qu’on s’offre pour éviter d’avoir mal. »

Cécile Coulon extrait de « Courir », Les ronces, Éditions Le Castor Astral, 2018