Le lendemain d’hier de Nazand BEGIKHANI

Le lendemain d'hier de Nazand BEGIKHANI

Si Nazand Begikhani place en tête de son recueil le titre « Le lendemain d’hier », c’est pour montrer que tout, dans son destin et celui de son peuple, les Kurdes, ramène vers un « hier », source de malheur, qui met à mal les élans et les aspirations dont vit généralement la poésie. Ici, l’« hier » est loin d’ouvrir à des lendemains qui chantent ; il chante plutôt la peur lucide d’atteindre à un lendemain qu’il faudrait certes atteindre mais qui se résorbe comme une peau de chagrin à mesure qu’on s’en rapproche. Le présent aspire à un avenir violemment rejeté en arrière vers un passé douloureux – celui de la mort des frères mais aussi celui de l’oppression des femmes évoquée dans des poèmes douloureux consacrés aux victimes de crimes d’honneur ou de viols impunis et non-dits. Ce sont des « poèmes militants » au sens où l’entendait René Char – des poèmes dépassant la cause qu’ils défendent pour se couler dans le fleuve d’une libération universelle où le désir reprend tous ses droits (« Mon corps m’appartient »). L’admirable chez Nazand Begikhani, c’est qu’elle se fraie un chemin libérateur au sein d’un étau religieux et politique destiné à l’écraser. (…) La secrète musique des poèmes de l’exilée Nazand Begikhani, émane d’une flûte – la flûte d’un désenchantement assumée pour mieux devenir une limpide écoute de soi – et donc de l’autre qui danse au son heureux et douloureux de cette flûte.

Daniel Leuwers (extraits de la préface)

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Sylvie Fabre G

Nos voix persistent dans le noir

Quelle parole
dépaysera nos mots
en de nouveaux vergers ?

Sylvie Fabre G., Nos voix persistent dans le noir, Éditions L’herbe qui tremble, 2021.