Le chant de Manhattan

Auteur : Jeanine Baude

Le chant de Manhattan

Les trois sections que comporte ce recueil (“ L’avancée dans le texte ”, “ Le chant de Manhattan ” et “ Piano words ”) sont une invitation au voyage dans une ville où tout est contrastes, mouvements, promiscuité de chair humaine dans un désert d’acier et de verre.
Les courts textes en prose de Jeanine Baude restituent le mouvement des vagues, de la rue, des ponts, du fleuve, du jazz, des corps qui se frôlent, de la vapeur qui s’échappe des trottoirs, de l’immigrant qui arrive et de celui qui part. Celui du vent, enfin, qui “ se glisse entre les tours avec fracas ”.

Ce Chant de Manhattan, postérieur au 11 Septembre, est aussi celui de l’histoire qui laisse entendre sa longue plainte et ses espoirs dans un dédale de rues où se côtoient tous les peuples du monde. “ New York is black, New York is red, New York is yellow ”…
Par cette évocation du métissage, Jeanine Baude nous invite à lire l’Histoire en marche dans le creuset d’une ville : celle de l’Indien qui prêta sa terre pour ne jamais la retrouver, celle des Noirs comme Langston Hughes dont la vie ne fut pas un “ escalier de verre ”, celle des êtres qui ont orchestré un délire de pierres, de verre, de métal, de briques et de feu, les bras tendus vers le ciel. Ce chant est enfin celui d’une passante des lointains : à New York le tournoiement est si fort, la force centrifuge tellement démultipliée qu’il semble n’y avoir aucune place pour le couple. Dans cette arche fabuleuse qu’est New York, chaque être semble avoir été embarqué seul, comme l’est tout poète devant l’architecture du texte.

Ouvrage publié avec le soutien du Fonds d’action Sacem.

Extrait

"À droite, à l’ouest, le fleuve ; à gauche, à l’est, le fleuve ; au sud, tout en bas, l’océan ; au nord, la fin et le début des terres, un continent vierge de désirs, des trains, des routes, au 330 Mickle Street, Camden, les ghettos, une cabane de feuilles, d’herbe et la pluie lancinante sur la voix. Campbell et Warhol, le chêne vert de Louisiane, Paumanok, Manhatta, les élégies sur le sable, les cantiques, les galets, une constellation de trompettes fermant le son, les portes, les voies, les points de fuite, la rosée, la Nativité que je contemple assise sur les dalles. Obsédante nudité, latence, écho, les barques au large, les filets, la marée, les grappes, le lin, les attelages et la nuit conduisent à Brooklyn."

Paru le 1er mars 2006

Éditeur : Seghers

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Nicole Brossard

Le courage juste à temps

Touche pour voir
d’un seul coup
la poitrine, les joues
ton humanité
avec ou sans visa sans visage
touche voir
si le courage troue les monstres
si ça fonce drette dans l’âme d’autrui
si ça accélère tou’le temps partout
la fièvre les pensées
si l’infini se déverse
dans le sang
juste à temps

Nicole Brossard, Nous, avec le poème comme seul courage, anthologie Le Castor Astral éditeur, 2020.