Le chant de Cuba de Nicolas Guillén

Le chant de Cuba de Nicolas Guillén

Poèmes 1930-1972

Nicolás Guillén est non seulement considéré comme le « poète national » de Cuba mais comme l’une des principales voix de l’Amérique latine. Populaire avant la révolution cubaine, il est revenu dans la grande île après la chute du dictateur Batista et a épousé la révolution dont il est devenu une figure poétique majeure. Dans les années trente, sous l’influence notamment de Langston Hughes et à peu près au même moment que le mouvement de la négritude dans la poésie française (Césaire, Senghor, Damas) il a introduit dans la poésie de langue espagnole les thèmes et les rythmes de l’Afrique et de ce qu’on a appelé le « negrismo ». Mais, au-delà de ce mouvement qu’on peut aussi apparenter à l’irruption du jazz ou à l’influence de l’art nègre sur la peinture moderne, Nicolás Guillén a su développer une poésie métisse, profondément populaire, à la fois combative et d’une grande fraîcheur, d’une grande délicatesse, enracinée dans les réalités et les rythmes de Cuba, notamment à travers ses « motivos de son ». Son œuvre à cet égard est comparable à ce qu’a fait Federico García Lorca pour la poésie espagnole avec le Romancero gitano. Il est traduit ici par le poète Claude Couffon qui fut son ami et son introducteur en France.

Première édition en 2002

Paru le 1er avril 2016

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Montagnes, donnez-moi un corps

Donnez-moi un corps,
montagnes,
mers,
donnez-moi un autre corps, que j’y décharge ma folie
tout mon soûl !
Terre vaste, sois mon corps,
sois la poitrine de ce cœur impétueux,
sois le foyer des orages qui m’étouffent,
sois l’amphore de ce moi obstiné !

Lucian Blaga, 1895-1961, « Montagnes, donnez-moi un corps », Revue PO&SIE, 1995.