Le bal des hippocampes de Boris Gamaleya

Le bal des hippocampes de Boris Gamaleya

Poète majeur, le réunionnais Boris Gamaleya construit dans la lenteur et l’opiniâtreté, patiemment et impatiemment tout à la fois, une œuvre singulière regorgeant de nourritures indissociablement terrestres et spirituelles, afin d’en faire office de viatique pour les lecteurs sensibles aux enjeux profonds de notre époque, aux antipodes des agitations superficielles. Nouvelle étape dans ce voyage en poésie, Le Bal des hippocampes est une sorte de glossaire vivant, en mouvement, tout frémissant et palpitant, une arche de Noé pour les mots et les choses dotée d’une énergie inépuisable, une espèce d’encyclopédie volubile de tout ce qui existe. Y cohabitent en effet non seulement toutes sortes de tournures, des plus lambiquées aux plus limpides, des plus complexes aux plus directes, des plus précieuses aux plus simples et dépouillées, mais encore beaucoup de langues, comme pour renverser le mythe malencontreux de Babel en chance et en bonheur. Le lecteur, dépouillé de ses habitudes mentales, assiste à une formidable fête de l’esprit, où triomphe la vibration contagieuse qui anime ce que la science contemporaine nomme interdépendance universelle et qu’Hippocrate décrivait en affirmant que « tout respire avec tout ».
Patrick Quillier

Paru le 1er mai 2012

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.