Le Testament d’Orphée par Jean Cocteau

par Lucien Clergue

Photographie
Quarante ans après, Lucien Clergue exhume les photographies qu’il réalisées durant le tournage du mythique Testament d’Orphée de Jean Cocteau. “L’ouvrage que nous publions est resté dans les oubliettes de l’histoire pendant quarante ans. Exhumé il y a peu, à la faveur d’une vente publique où il passa de main en main, il est enfin restitué au public tel que Jean Cocteau l’avait conçu, mais il ne put paraître sous cette forme, faute de moyens suffisants. Quarante ans après sa mort, c’est une façon de revivre ce tournage où se croisent des « stars » telles que Yul Brynner, Jean Marais, Maria Casarès, François Périer, Jean-Pierre Léaud (enfant !), mais aussi le torero Luis Dominguin, le chanteur Charles Aznavour, le danseur Serge Lifar et l’illustre Maestro Pablo Picasso.

Trois semaines aux Baux, trois autres à Nice et ses alentours me firent accumuler près de 3 000 prises de vue. Je n’avais pas d’obligation particulière si ce n’était de me laisser aller à l’émotion que suscitait cette action si étrange dans un monde dont je ne pouvais soupçonner les mécanismes. Cocteau pressentait qu’après ce tournage tous les trucs laborieux qu’il avait suscités deviendraient chose aisée et que tout le monde pourrait faire un film. Seulement voilà !
Tout le monde n’est pas Cocteau, capable d’imaginer des incursions dans l’espace-temps, de flirter
avec les scientifiques, de mourir et ressusciter plusieurs fois, aveugle de trouver son chemin, franchir les siècles pour croiser Œdipe, Minerve et Iseult, bref nous permettre de toucher du doigt la poésie utile – à quoi ? on n’en sait rien, mais indispensable pour rendre notre monde
meilleur. Combien d’acteurs supplièrent Cocteau de participer à cette aventure – gratuitement, même pour balayer le plateau, comme l’avait proposé l’un d’eux. Mais tout ce beau monde n’était pas là parce qu’ils étaient célèbres mais parce qu’ils étaient les amis du poète.”

Lucien Clergue

L’AUTEUR
Né à Arles en 1934, Lucien Clergue vit et travaille à Arles. Il a publié en 1957 son premier livre, Corps mémorable (Seghers), des poèmes d’Eluard avec une couverture de Picasso et poème liminaire de Cocteau… Plus de cinquante ouvrages suivront,dont Née de la vague (1968), qui a marqué toute une génération.

Paru le 1er septembre 2003

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Thomas Vinau

C’est un beau jour pour ne pas mourir

Les soirs trop noirs
en t’attendant
j’allume un feu

et te voilà

Thomas Vinau, C’est un beau jour pour ne pas mourir, Éditions Le Castor Astral, 2019