Le Silence

Philippe Delaveau

Plaine réduite à son immensité. Le silence a quitté ses margelles.
Un dernier outil tinte contre le métal pur. Le froid descend
sur la lame d’hiver, tranchante comme la faux qu’on a rangée dans l’établi.
Plus de volumes ni de feuillages. Hiver de lignes pour l’esprit seul. Triomphe
pour la raison. Quels signes cependant pour toi fébrile, habitant
inlassable, ayant ressource au seul espoir, soucieux de l’harmonie, mon cœur ?

Dans son étui gluant la feuille enroulée nue et fine
s’apprête à sa vocation verte parmi d’autres cachées
les dards poisseux parfois s’inclinent parfois s’ajustent
à la froide lumière. Hiver et mort ensemble : oublieux, blancs.
L’arbre l’accueillera, comme un cri de pivert, aux jours de la chaleur
avec les sceaux de cire et son obstination.
La loi du monde aussi rassure nos frayeurs. L’eau fidèle à sa pente
et d’une source ayant mémoire. Le tambour de midi. Tout retour nécessaire.

Lentement, chaque mot accédant à sa place comme dans l’ordre
des saisons sur la page du soir, inscrites nommément, les tremblantes étoiles.
Sans déroger à des règles précaires. Nous seuls
par manque de courage dans tout ce qui navigue vers son bien.
Hésitons. Trahissons. Par manque de constance.

Poème
de l’instant

Peuple des tentes

J’irrupte au jour
comme une fleur du désert
le ciel est haut
le soleil est vaste dans un coin de ciel
brûlent mes pieds sans sandales
au milieu des tentes
le vent s’orage
dans un concert à ciel ouvert

Nassuf Djailani, « Peuple des tentes », apulée, Éditions Zulma, 2021.