Le Golfe et le Fleuve de Badr Chaker As-Sayyab

Poèmes traduits de l’arabe (Irak) et présentés par André Miquel
“La Petite Bibliothèque de Sindbad”
Entre romantisme, surréalisme et néo-réalisme, l’écriture du poète engagé Badr Châker as-Sayyâb (1927-1964) annonce la rupture et le renouveau : il a su donner aux grands
mythes de la culture populaire arabe un souffle neuf, celui du rêve de révolution.
“Il semble que la discrétion naïve de Badr Châker as-Sayyâb, un des plus grands poètes de l’Irak moderne, ait voulu, jusque dans la mort, conserver à sa personne et à son œuvre une part irréductible de mystère…
“Si les eaux natales du Buwayb participent, avec Jaykour, des bases du terroir, puisqu’elles sont la source de la fertilité, très vite au-delà de ce périmètre sacré, le malheur se glisse : pluie ou flots du Golfe, l’eau qui détruit, inonde, accable ou se refuse est finalement l’image de l’histoire…
“Les grands mythes, mésopotamiens ou autres, scandent ainsi la procession fatale de l’humanité vers un avenir inconnu, mais à coup sûr rivé aux luttes, haines et autres misères…”

André Miquel
“Entre le romantisme et le néo-réalisme, l’écriture de Sayyâb annonce la rupture et le renouveau.
Poète engagé, il fut le visionnaire de la nouvelle poésie arabe. Homme du peuple,modeste, reclus dans sa maladie, il sut donner aux grands mythes de la culture populaire
arabe un souffle neuf, celui de la révolution. Sa mélancolie cependant l’emporte souvent sur l’espoir. Ainsi, à l’humanité, il prédit un avenir fiévreux, promis à la haine et autres misères.”
Tahar Ben Jelloun

L’AUTEUR
Né en 1927 à Jaykour, près de Bassora (Irak), Badr Châker as-Sayyâb est l’un des plus grands
poètes du monde arabe contemporain, qui a permis, avec Adonis et Mahmoud Darwich, à la
poésie arabe d’entrer dans la modernité. Il milita dès 1945 dans le Parti communiste, qu’il
abandonna en 1953 pour combattre au nom du nationalisme arabe. Il mourut en 1964, après
une longue période de maladie.

Paru le 1er décembre 2003

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Le Poids vivant de la parole

On peut écrire, et l’on écrit ;
On peut se taire, et l’on se tait.
Mais pour savoir que le silence
Est la grande et unique clef,
Il faut percer tous les symboles,
Dévorer les images,
Écouter pour ne pas entendre,
Subir jusqu’à la mort
Comme un écrasement
Le poids vivant de la parole.

Armel Guerne, 1911-1980, Le Poids vivant de la parole, Éditions Solaire, 1983.