La vierge chevauchant Venise d’Helena Schwarz

d’Helena SCHWARZ

31 poèmes traduits du russe par Hélène Henry

Traduite en allemand et en anglais, l’œuvre d’Elena Schwarz (Une quinzaine de recueils, dont deux anthologies récentes) n’a connu en France que de brèves publications en revues ou au sein d’anthologies. L’un des plus prestigieux prix littéraires russes, le prix « Triumph », vient cependant de lui être décerné, portant sur le devant de la scène une écriture qui, depuis les années 70, s’est élaborée, par la force des choses et le refus des compromissions, dans le retrait.
Vivant à Saint Petersbourg, Elena Schwarz appartient à cette génération d’écrivains qui ont voulu et su préserver, contre les pressions soviétiques, puis contre la déferlante des sous produits culturels consécutive à l’ouverture à l’ouest, l’exigence d’un travail éminemment personnel et original. Elle puise à différentes sources - tant la tradition biblique que les traditions populaires slaves - qu’elle transcende, une parole d’un mysticisme brutal, coloré, existentiel, hérétique sans doute (comme elle en convient elle-même) par laquelle s’exprime une intériorité forte et torturée dans sa relation complexe à la réalité humaine et à ce qu’elle peut avoir de troublant, de violent et de problématique.
Le vers d’Elena Schwarz n’est pas libre ; mais ne l’étant pas, il est néanmoins brisé, secoué, malmené, ainsi qu’on peut l’entendre lors de ses lectures, et s’éloigne de la stricte régularité encore bien souvent défendue par nombre de poètes russes contemporains. Remarquablement et généreusement servi par la traduction d’Hélène Henry, l’ensemble proposé dans le présent recueil permet pour la première fois en français de parcourir plus de vingt cinq années de l’écriture d’Elena Schwarz et de prendre la mesure de la force extraordinaire qui traverse tout l’œuvre de cet écrivain dont à coup sûr on reparlera.

Paru le 1er octobre 2004

Éditeur : Alidades

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.