La panthère des neiges

de Sylvain Tesson

L’affût commande de tenir son âme en haleine. L’exercice m’avait révélé un secret : on gagne toujours à augmenter les réglages de sa propre fréquence de réception. Jamais je n’avais vécu dans une vibration des sens aussi aiguisée que pendant ces semaines tibétaines. Une fois chez moi, je continuerais à regarder le monde de toutes mes forces, à en scruter les zones d’ombre. Peu importait qu’il n’y eût pas de panthère à l’ordre du jour. Se tenir à l’affût est une ligne de conduite. Ainsi la vie ne passe-t-elle pas l’air de rien. On peut tenir l’affût sous le tilleul en bas de chez soi, devant les nuages du ciel et même à la table de ses amis. Dans ce monde il survient plus de choses qu’on ne le croit.

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Éditions Gallimard, 2019.

Poème
de l’instant

Anise Koltz

Le porteur d’ombre

Et si mon poème n’était qu’un visa
pour un pays lointain
une facture impayée
un compte à découvert

Anise Koltz, Le porteur d’ombre, Éditions Phi, 2001.