La chair du poème

Auteur : Colette Nys-Mazure

La chair du poème

petite invitation à la vie poétique

Parler désarme : montrant le pouvoir des mots dans les moments traumatiques, Colette Nys-Mazure introduit la poésie là où on l’attendait le moins, dans l’agression, la guerre, l’opression, comme une réponse nécessaire à la barbarie. La poésie se délivre ainsi du mièvre et de l’esthétique pour devenir cette pulsion salvatrice qui nous habite tous en tant qu’être parlants.
Nous voici invités dans une dimension où la poésie investit les moindres replis de la réalité quotidienne : un matin d’hiver, un voyage en train, un moment fugitif de lumière ou d’anxiété… Et bientôt c’est l’existence tout entière qui trouve sa vérité dans l’expérience poétique.

L’érudition se fait légère comme la vie, la parole ne s’impose jamais, ne vise que la justesse : Colette Nys-Mazure se fait ici médiatrice des poètes - ces médiateurs de l’âme.

Paru le 1er février 2004

Éditeur : Albin Michel

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.