La beauté comme une trêve de Laurence Verrey

La beauté comme une trêve de Laurence Verrey

Chacune des six proses de ce recueil explore un univers différent, mais chacune à sa manière interroge l’acte d’écrire et le langage. Au travers des paysages intérieurs, des lettres de l’alphabet, du monde nocturne des rêves et des révélations, des manifestations du blanc, s’ouvre une méditation sur la beauté. Cette force fragile et éphémère est capable de tenir tête au désespoir lié à l’histoire fracassée des hommes. Il y a « danger de vie, Lebensgefahr ». De la beauté « souffle un vent de fronde, de liberté, qui interdit de plier l’échine et de se résigner ». A cette affirmation désillusionnée qui nous parvient, du fond des âges, de Qoéléth, mieux connu sous le nom d’Ecclésiaste : « Tous les mots sont usés, on ne peut plus les dire », Laurence Verrey oppose une parole poétique toujours jeune, qui, tel un pavot rebelle, résiste.

Paru le 1er avril 2016

Éditeur : Aire

Genre de la parution : Prose

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.