L’éternité est un battement de cils

Auteur : Werner Lambersy

Lire ou écrire un poème, c’est s’absenter des masques de soi, retourner au premier cri du premier souffle qui nous jeta, déchirés, des forges de la galaxie ici sur cette terre et retrouver l’éternel instant de l’éternel début ; c’est encore l’autre, l’autrement, l’inentendu des mots… comme on laisse, dans une chaise longue, sur les plages de l’espace et face à l’océan du temps, le chapeau de paille de notre vie et le nez de clown de nos destins.
Lire c’est dresser l’inventaire des invendus de la création, se convaincre que l’éternité n’est qu’un battement de cils de l’instant, avant la dispersion des colelctions de nos cinq sens, dans les ventes publiques de l’âme et sous lesenchères de l’oubli.

Est-ce à ce point dérisoire de tenter l’écoute d’un poème qu’il faille y voir uniquement le don d’une enfance attardée ou la recherche folle du génome humain de l’amour ?

Paru le 1er janvier 2005

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.