L’envers du monde

Jacquy Gil

L'envers du monde
Et toujours une branche prête à lézarder le ciel… Non pour lui infliger quelque blessure, mais pour héler nos regards qui jusqu’ici n’avaient couru que sur les pierres.
Le ciel pousse alors un cri retentissant, ouvre en nous un infini : une autre marche ! Et son vif azur nous éblouit à l’instant même où nos pas heurtaient rudement le sol, – juste pour nous dire ce qu’il faut d’épreuves, de tâtonnements pour parvenir à l’échappée belle.

Paru le 18 juillet 2022

Éditeur : Editions Alcyone

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.