L’encre est ma demeure de Georges Castera

Anthologie préparée et préfacée par Lyonel Trouillot

Castera est celui dont la poésie tire encore sur les balles des assassins de peuples, les commandeurs d’usine, les vieilleries poétiques et conjugales qui condamnent à l’immobilisme. Pour nous, Haïtiens, sa langue fut et demeure la force ouvrière de notre résistance à la dictature du capital et à la dictature. Poète moderne et engagé, en dialoguant avec les grandes démarches poétiques du XX siècle, il est aussi celui qui nous a amenés au plus près des écritures croisées qui font les liens entre les peuples.

(extrait de la préface de Lyonel Trouillot)

Georges Castera est né en 1936. Il a quitté Haïti en 1956 et y est revenu trente ans plus tard. Il vit aujourd’hui à Port-au-Prince.

Paru le 1er avril 2007

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.