L’employée de la poésie philtre les mots entre les doigts

Auteur : Nicole Drano Stamberg

L'employée de la poésie philtre les mots entre les doigts

La poésie est une tentative de faire révéler aux mots assemblés sur la page ce qu’ils ont de plus humain, de plus secret. La poésie ouvre la parole pour éloigner la barbarie, l’injustice. Elle propose un chemin dans cette vie difficile sur terre où de vers en vers l’homme, la femme essaye d’avancer vers un petit peu plus de liberté. Chaque pas est infiniment menu, fragile mais il faut poursuivre.

En enlevant la peau des mots le (la) poète cherche à atteindre les énergies, le merveilleux de la création humaine. Il (elle) recrée un nouvel assemblage de voyelles et consonnes afin que jaillisse l’étincelle du poème qu’il faut saisir, conserver : c’est si subtil, magique ! Après avoir traversé notre corps, notre entendement, notre « âme » (est-ce notre âme ?) il faut l’empêcher de fuir, de s’éteindre, la retenir entre nos doigts, la garder précieusement pour pouvoir la partager avec les autres.
Nicole Drano-Stamberg

Ballade de l’errance

J’ai suivi l’homme qui erre dans la rue.
Il parle. Ne s’adresse à personne.
Un homme fait le trottoir
De là à là. Tous les jours. De là à là.

Une gouttière mène au caniveau
Du caniveau jusqu’au mal de lui-même.
Seul dans un vestibule de mort.
Je lui donne des mots aussi ailés que l’amour.

Je suis descendue jusqu’à ce pays
Sans reprendre haleine.
Sur cette terre lointaine
Plus lointaine que les cieux.

Ecarter les mots,
Les écarteler dans le poème,
Garder leur gravité dans la consolation de nos paroles.

Nicole Drano-Stamberg

Paru le 1er mars 2015

Éditeur : Le petit véhicule

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : qui « ne dit ni ne cache », mais dispense des signes, des signaux, des appels. Et nous met en mouvement d’écriture.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.