L’eau tremblante des saisons de Joëlle Gardes (TAMINE)

L'eau tremblante des saisons de Joëlle Gardes (TAMINE)

L’eau tremblante des saisons dit la fugacité et le caractère insaisissable du temps, son jeu de reflets semblable à celui qui organise ce recueil, où les saisons de la vie font écho à celles du monde. Entre irréversibilité implacable de l’existence et cycle des saisons, paysage extérieur et paysage intérieur, s’opposent la sérénité de la nature toujours renaissante et le drame de la maladie et de la mort sur fond de paysage méditerranéen, unique interlocuteur impassible de cette méditation, dont la beauté attise la douleur mais débouche aussi sur l’acceptation apaisée de notre place dans l’univers.

Cette écriture lucide, qui est la signature de l’auteur, débouche sur une poétique alliant la notation sensible au lapidaire de la maxime. C’est à un « connais-toi toi-même » que convie le poème, creusant ce Silence des mots comme se nommait le premier recueil de Joëlle Gardes, qui poursuit, ici, son questionnement sur le mystère de nos destinées, interrogées sans effet ni pathos, dans l’humilité du quotidien, la simplicité d’un constat dépouillé, méditatif et contemplatif, qui, à la fois, transperce par sa limpidité cruelle et fait revivre cette émotion des instants uniques dont sont faites nos vies.

Paru le 1er mai 2012

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Avis

Voyageurs du soir qui suivez la rumeur
Des vagues et l’étoile bleue des baies,
Gardez-vous de trop songer à vos songes
Et d’héberger pour longtemps les chagrins
Qui saccagèrent votre vie passée.
Il est au bout de la nuit une terre tout ensemble
Proche et lointaine que le jour naissant
Exalte d’hirondelles et de senteurs de goyave.
Un pays à portée de cœur et de sourire
Où le désir de vivre et le bonheur d’aimer
Brûlent du même vert ardent que les filaos.
Craignez de le traverser à votre insu :
Les saisons sur vos talons brouillent le paysage ;
Mais chaque pas est la chance d’un rêve.

Fatho Amoy, « Avis », Chaque aurore est une chance, Éditions CEDA, 1980.