L’attente de la tour de Réginald Gaillard

L'attente de la tour de Réginald Gaillard

Postface de Pierre Oster
Faut-il tout dire aux vents voleurs qui racontent aux alentours tout ce qu’ils savent et inventent ce qu’ils ignorent ? Qu’importe… Une double tension traverse ce recueil. Il y a d’abord une tension vers ce qui a été et n’est plus. Un amour, une vie, un être rencontré s’éclipse dans l’oubli. Le poème le retient, lui confère dans les signes de la page une existence de surcroît dans le présent. Et il y a une tension tournée vers ce qui advient. Non pas l’attention à ce qui n’est pas encore, mais la patience qui occupe l’espace entre le déjà-là caché et le présent découvert. L’attente est l’autre nom de l’espérance. Entre commencement et accomplissement, dans L’attente de la tour Réginald Gaillard veille et appelle la lumière de l’aurore qui mettra à nu les compromissions avec la nuit. Tout s’effondrera et je contemplerai, devant moi, les ruines chaudes et pleurantes d’un monde qui attendait ma promesse de sable, sur des marais, au gré d’un vent léger. Il aura fallu une voix revenue du silence, une cambrure fière, dans la brume des étangs, hier, pour que l’axe du monde se déplace et que je chute. Né en 1972, Réginald Gaillard a co-fondé la revue L’Odyssée (1996-1997), puis les éditions de Corlevour et la revue Nunc en 2002. Il est l’auteur d’articles sur l’histoire littéraire et religieuse (sur Chateaubriand, Cristina Campo, Michel Vieuchange, Michel Delacompté, Tarkovski). Un premier recueil de poésie, Polymères, a paru en 1994 (éditions Ludovic Degroote).

Paru le 1er novembre 2014

Éditeur : Ad Solem

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.