KIA

Kouam Tawa

KIA

pour Aminata Traoré

Disent Kia les Samo pour sonner l’hallali, disait Kia Ki-Zerbo pour convier à la lutte.
Kia les bêtes sont là ! Kia les eaux débordent !
Kia kia kia ! Kia kia kia !
Mot d’appel, mot d’entrain –
Kia kia kia ! Sus aux nuits !
Sifflent les ophidiens suceurs de nos ardeurs, feulent les félidés ruineurs de nos ressources.
Glapissent les rapaces causeurs de nos soucis, grognent les pachydermes broyeurs de nos espoirs.
Beuglent les bovidés harasseurs de nos crans, braillent les batraciens entacheurs de nos rires.
Hurlent les canidés égorgeurs de nos joies, ricanent les charognards abîmeurs de nos paix.
Kia les bêtes sont là ! Kia les eaux débordent !
Kia kia kia ! Kia kia kia !
Mot de feu, mot de pierre –
Kia Kia Kia ! Sus aux peurs !
Disons Kia pour briser les chaînes de nos misères, disons Kia pour aller à l’assaut de nos rêves.

Ouagadougou, le 06 octobre 2016

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

C’est comme ouvrir un menhir avec les mains

Cessez de chercher, vous êtes la porte
et les gardiens qui en interdisent l’accès.
Chaque pas vous éloigne du nombril
chimères assoiffées d’aventure.
Vous croyez que le mariage vous libère de la mort
ou que l’argent vous marque dans la hiérarchie divine.
Cessez de chercher, la conscience est le philtre magique,
L’œil capable de rejoindre les orbites vides de Dieu
traversant la mort. Personne ne se rencontre soi-même
en parcourant les mers ou en explorant les cavernes.
C’est difficile, comme ouvrir un menhir avec les mains
car notre âme est plus dure que la pierre.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.