Journal Seneca de Jerôme Rothenberg

Journal Seneca de Jerôme Rothenberg

Jerome Rothenberg a fait paraître une quinzaine de recueils majeurs, parmi lesquels on citera Poems for the Game of Silence (1971), Poland/ 1931 (1974), Vienna Blood (1980), Khurbn (1989), The Lorca Variations (1993), Seedings & other poems (1996), A Book of Witness, (2003) — et ce Seneca journal, qui fait le lien avec son anthologie Les Techniciens du sacré, publiée chez Corti en 2008. Journal seneca, recueil le plus « ethnopoétique » de Jerome Rothenberg, a été écrit après un séjour de deux ans dans la réserve indienne Seneca à l’Ouest de l’État de New York.

Dans Journal seneca, dit Jerome Rothenberg, je pars à la recherche de moi-même, et soudain, quelque chose d’autre commence à surgir : « Je suis devenu castor. Richard Johnny John a été mon père. La cérémonie, qui s’est déroulée dans la maison longue, a été très courte. Ils ont dit quelques mots en seneca. J’ai reçu un nouveau nom. Je ne sais pas s’ils étaient sérieux, mais le nom était superbe. Ma femme et mon fils sont devenus grands hérons. Elle a été nommée Celle Qui Voyage, il a été nommé Le Parleur. Thelma Ledsome a été la soeur de ma femme et Effie Johnson, sa mère. Je me suis intéressé aux castors quatre ans plus tard, quand nous sommes allés vivre à Salamanca. Salamanca est un relais ferroviaire situé juste sur la réserve. Je l’ai vu, un jour, sur une carte allemande de l’Amérique où ne figurait pas Albany. C’est maintenant une ville de 7 000 habitants, des Blancs pour la plupart. Charles Olson écrivait : l’Histoire est le nouveau localisme. Et Ezra Pound : une épopée est un poème qui inclut l’Histoire. Quand je mourrai, mon nom retournera là d’où il est venu. Un Seneca viendra le chercher. »
editions Corti

Paru le 1er octobre 2015

Éditeur : José Corti

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.