Jonas

Auteur : Jean-Paul de Dadelsen

Jonas

Présentation d’Henri Thomas et de Denis de Rougemont.

Nouvelle édition dans la collection Poésie/ Gallimard, augmentée des Ponts de Budapest et autres poèmes présentés par Jean-Baptiste Marrey.

Tous ceux qui furent les amis de Jean-Paul de Dadelsen évoquent ses dons, sa culture, son énergie, son humour, sa désinvolture, voire son excentricité : il semble avoir été la séduction même alliée à l’intelligence la plus vive. Tous aussi découvrent tardivement, presque par surprise, que l’homme qu’ils croyaient connaître avait mené en secret comme une autre vie, et que sa vraie vocation se révélait soudain au travers des quelques poèmes livrés à la veille de sa mort.
Cette création solitaire, résolument tenue à l’écart de tout, surgit dans le champ poétique sans se soucier des modes, des théories ou des balises alors en usage. Dadelsen « ne vient à la suite de personne, affirme Henri Thomas ; il ne cadre avec rien dans nos Lettres ; ni terroristes, ni rhéteurs, n’y trouveront leur compte. Nous risquons toujours d’oublier que le génie poétique se moque de nos conformistes errances. S’il nous frappe à l’improviste, ce n’est pas qu’il veuille nous surprendre ; à nous de comprendre qu’il EST ».
Il y a en effet chez Dadelsen une évidence qui fait de lui un incomparable poète, et quand Henri Thomas dit « qu’il ne cadre avec rien », il aurait pu ajouter que c’est au point de composer des vers démesurés qui doivent être imprimés sans rejet, d’où le mouvement de bascule à imposer au livre pour une lecture « à l’italienne » ! Mais aucun formalisme dans cette exigence, un souci d’amplitude au contraire, et l’intuition toute musicale qu’il faut offrir aux mots un espace en résonance, un espace qui accueille à la fois l’offrande et le doute, l’inquiétude et le chant accordé.
Si la plupart des poésies de Dadelsen se réfèrent à la dramaturgie chrétienne, ce n’est pas pour témoigner d’une croyance sereine. « Celui qui n’aime assez ni son moi ni Dieu » pressent qu’il a été « craché des ténèbres de la baleine personnelle / sur un rivage vide ». Jonas développe ainsi une poétique de la séparation où le réel perçu ressemble souvent à un no man’s land. Aucune volonté pourtant chez Dadelsen de se réfugier hors de l’histoire. Les Ponts de Budapest, poème écrit en 1956, s’achève sur la litanie sarcastique et lucide de tous les massacres de l’époque.
Né à Strasbourg en 1913, Jean-Paul de Dadelsen passe son enfance en Alsace. Agrégé d’allemand, il devient enseignant et traducteur à partir de 1936. Ayant rejoint Londres en 1942, il est muté aux services d’information du Gouvernement Provisoire. Correspondant de Combat, le journal fondé par son ami Albert Camus, il tient des chroniques régulières à la B.B.C. jusqu’en 1950. Il meurt à Zurich d’un cancer au cerveau en 1957.

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.