Je(s) de Denis Guillec

Solitude

Clic, porte fermée, enfin seul !

Mon fauteuil !

Thorax soulevé. Poitrine gonflée. Respiration

coupée. Diaphragme tendu.

Puis - miracle des frontières - relâchement.

Expiration interminable. Soupir apaisant.

Puissamment apaisant.

Diaphragme détendu. Flottant. Respiration lente et fluide.

Saveur de la plénitude du silence après la nausée du caquetage social. Fragrances du silence. Couleurs du silence. Étourdissant silence. Rafraîchissant silence.

Moment inestimable de l’unité après la dispersion.

Là où l’on peut digérer les miettes de la journée.

Moi en miettes.

Miettes de moi à pétrir.

Miettitations.

Paru le 1er mars 2011

Éditeur : Les Carnets du Dessert de Lune

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.