Je, cheval

Auteur : Albane Gellé

Je, cheval

Je, le cheval, l’animal vivant, le corps, le sauvage.
Je, dans le cheval comme dedans l’écriture. Avec
l’indomptable l’équilibre l’inconnu le jamais acquis.
L’extrême attention au monde. Entre panique et
jouissance. Ce qui est en moi est cheval. Proie fuite
solitude et troupeau. Ce qui est en moi résiste, s’obstine,
risque. Ce qui en moi s’en va, pour rejoindre.

A cheval, je suis d’emblée au coeur des choses,
désencombrée, réunie. Débarrassée des entraves
périphériques, des noeuds stériles. Dans le vif du
sujet. Je me rejoins, dans une extrême présence
à ce qui m’entoure. Dénouée.

Paru le 1er juin 2007

Éditeur : Jacques Brémond

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage