Jacques Prével

(1915-1951)
Né à Bolbec, près du Havre en 1915. Il monte à Paris pour essayer de vivre de sa plume. La rencontre avec Antonin Artaud est décisive dans son cheminement poétique. Il partage avec lui la même révolte et écrit sous son influence : " L’intensité de sa vie me faisait entrer dans un absolu, le sien. J’étais pris dans son tourbillon. Je le suivais comme un somnanbule…" disait Prevel. Il publie ses premiers poèmes en 1945, puis trois autres plaquettes de poèmes. Mais il souffre de la tuberculose et meurt à l’âge de trente six ans au Sanatorium de Saint-Feyre. Par une écriture dépouillée, concrète, il exprime sa colère, parfois ses cris dans une démarche de sacrifice et d’abnégation de soi.

Extrait

J’AI SOUFFERT

J’ai souffert autant qu’on peut souffrir au monde
Mais j’ai connu la joie atroce de rêver
J’ai connu la douleur d’effacer son visage
Au feu de ma raison
J’ai connu dans la nuit avide de mon sang
Le vent jaloux de Dieu
Le vent qui n’a jamais connu sa voix d’enfant
J’ai connu l’attente obscure
La foule avide et dérisoire
Distribuant ses fantômes et noyant ma mémoire
Raz de marée brisant ma vie
À travers les brouillards de ses yeux dispersés
J’ai connu l’obsession d’un mal que je vénère
J’ai connu le tourment du doute et son visage
Et ses paroles effaçant ma douleur un moment
Et confondant ma nuit avec ses yeux fermés

Extrait de "C’était hier et c’est demain", éd. Seghers, 2004

Bibliographie

Poèmes mortels, 1945
Poèmes pour toute mémoire, 1947
De colère et de haine, éd. du Lion, 1950
En dérive vers l’absolu, Seghers, 1952
En compagnie d’Antonin Artaud, texte présenté, établi et annoté par Bernard Noël, Flammarion, 1974