J’ai un visage pour être aimé de Paul Eluard

J'ai un visage pour être aimé de Paul Eluard

Choix de poèmes 1914-1951
Préface d’André Velter

Paul Éluard aimait lire les poètes. Il affirmait que la plus belle anthologie est celle que l’on compose pour soi, et il a réalisé en ce domaine l’une des plus toniques et surprenantes exploration de la poésie française à travers les siècles. En ce qui concerne son oeuvre personnelle, il a également, à plusieurs reprises, proposé des choix par lesquels il entendait suggérer un parcours allant de recueil en recueil et qui révélait à l’évidence l’unité foncière de sa démarche, la permanence de sa voix. C’est l’ultime recension voulue par Éluard lui-même, peu de temps avant sa mort, qui se trouve ici rassemblée, avec pour titre l’un des vers où il apparaît en poète de l’appel, de l’offrande, en poète qui veut l’accueil, l’écoute, l’harmonie et l’amour. Tous les chemins suivis, toutes les émotions, tous les désirs, toutes les solidarités, tous les engagements tissent non pas un labyrinthe mais une échappée fragile et lumineuse, une quête sans cesse alertée, qui ne refuse pas les combats du monde tout en préservant une grâce singulière, une magie douce, une inapaisable tendresse. Avec cette anthologie, c’est toute la poésie d’Éluard qui se donne en partage. En elle, à toutes les pages, se lèvent un chant, une merveille, un visage qui savent se faire aimer.

Paru le 1er mars 2009

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Ludovic Janvier

Bientôt le soleil

« Je ne cherche pas l’essor, l’oubli, la grâce, je sais qu’ils me sont impossibles. Et d’ailleurs je ne le voudrais pas. L’ange me fait peur. Non, je cherche la présence et le poids, ou plus exactement la présence me cherche, le poids me trouve, le poids sur moi de la lumière comme un mur, la présence à plein regard de la mer qui fait masse ou du feuillage hanté par le ciel. De sorte que les jours de timidité, ou de trop fort vouloir, je reste pris dans la glu du moment, prisonnier du trop plein jusqu’à la nausée. Les jours de décision, j’allais dire de légèreté mais ne te vante pas, je vois sortir de moi une réponse, plus ou moins claire, plus ou moins simple, plus ou moins forte. Content ? Non, jamais content. Mais, quand même, content. »

Ludovic Janvier, Bientôt le soleil, Flohic Éditions, 1998.