J’ai su que j’avais un frère

Auteur : Jack Hirschman

J'ai su que j'avais un frère

"Poème-rapide

Je veux chevaucher la grande prairie de tes paupières
comme si je buvais des baisers
je veux battre le tambour du fleuve
jusqu’à la mort du temps
et courir comme un petit enfant à tête d’écureil
et toucher chaque blessure pour en faire un poème (…)"

Paru le 1er janvier 1998

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.