J’ai pas mal d’écume dans le cigare

Auteur : Jacques Josse

J'ai pas mal d'écume dans le cigare

Tout a commencé avec la parution, en 1978, d’un numéro de la revue Vrac. Une livraison format journal qui contenait, glissé entre ses pages, un prospectus annonçant la sortie d’un recueil de poèmes intitulé La suie-robe des sentiers suicidaires. L’auteur s’appelait Alain Jégou. Son nom et quelques uns de ses textes m’étaient déjà connus. Il apparaissait en effet ici et là, au fil des revues, notamment dans L’ecchymose où il poursuivait une virée rude, froide et cinglante dont le titre générique, Cap Horn, s’avérait on ne peut plus évocateur. Je me souvenais également de l’avoir lu dans un cahier Poésie 1 préparé par Jacques Donguy en 1975 et consacré au « nouveau réalisme ». Jégou y était présent avec des extraits de Vivisection, son premier livre, publié chez Millas Martin. Tout cela m’incitait à remplir au plus vite le bon de commande et à l’expédier à l’adresse indiquée, qui se trouvait être celle de l’auteur. Trois jours plus tard le livre était sur ma table. Couverture noire avec tête de mort au demi visage étonnamment vivant au centre. Préface de Marc Villard. Citation d’Artaud en exergue. Poèmes rageurs, décapants, tendus, pris dans les barbelés d’un silence à cisailler sans attendre.

Paru le 1er janvier 2015

Éditeur : La Digitale

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.