J’ai laissé sur le sol mes armes

Luis Mizón

J’ai laissé sur le sol mes armes
de chasseur
et tout mon silence durci sur le feu
nu contre le sol
je cherche à être la terre
le support de l’étoile du matin
je nais et je renais
dans la grotte vide
où nous tenons à peine
mais dis-moi comment
pouvons-nous être ensemble ?
je touche avec douceur
la peau amie de tes lèvres
je souffle en toi avec ma bouche sans peur
le charbon
et la plume
la mèche de ton âme

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Poème
de l’instant

Eugenio de Andrade

Blanc sur Blanc

Traverser le matin jusqu’à la feuille
des peupliers,
être frère d’une étoile, ou son fils,
ou peut-être père un jour d’une autre lumière de soie,

ignorer les eaux de mon nom,
les secrètes noces du regard,
les charbons et les lèvres de la soif,
ne pas savoir comment

l’on finit par mourir d’une telle hésitation,
un si grand désir
d’être flamme, de brûler ainsi d’étoile
en étoile,

jusqu’à la fin.

Eugenio de Andrade, Blanc sur Blanc, Traduit du portugais par Michel Chandeigne, Éditions de la Différence, 1988.