Ivresse de brumes, griserie de nuages - anthologie

Cette anthologie de poésie bouddhique coréenne réunit pour la première fois des poésies singulières, étonnantes par leur teneur, par leur forme, par leur ton. Oeuvres de bonzes retirés dans des monastères ou des ermitages de montagne, elles sont le fait de moines-poètes d’une vive sensibilité littéraire, qui se démarquent à la fois de la littérature profane et des écrits didactiques du bouddhisme. Ces êtres détachés de tout sauf des joies de la nature ou de bonheurs infimes du quotidien - nuées jouant sur les cimes, coupe de thé fumant, - sont au-delà  : au-delà des contingences, au-delà des attachements, au-delà des conventions ; ils ne prennent le pinceau que pour traduire en formes brèves et denses leur seul lien, ténu, avec le monde : le brut et le beau, si chers au "zen". Autant de révélations.

Traduit du chinois et sino-coréen, présenté et annoté par Ok-Song Ann-Baron, avec la collaboration de Jean-François Baron.

Paru le 18 juin 2006

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.