Interstices de Pierrick Steunou

Interstices de Pierrick Steunou

Quatre parties organisent ce beau recueil : « Villes et ouverture », « Champs, espace », « Pièces, resserrement » et « Corps, expulsion », unies par la nécessité qui s’y dit de « creuser des interstices » entre les moments et les lieux divers d’une existence pour s’y retrouver et « recoller les morceaux de son être ». Car l’être est toujours ailleurs, dans le ciel et l’infini sur les trottoirs des villes, dans la voiture comme un havre, en pleine campagne, dans le monde qui s’offre à travers les fenêtres de celui qui se replie sur les livres. La tension est vive entre les limites de notre corps et « le reste du monde », éclaté lui aussi, comme nous le sommes à travers nos souvenirs et nos attentes. Le recueil de Pierre Steunou, dans une alternance de blocs de prose et de sortes de colonnes trouées, dit cette tension, qu’exprime le dernier texte, en forme de calligramme, où le resserrement souhaité contre l’extrême éclatement se voit à travers la disposition des mots. L’écriture le plus souvent simple, pour dire les gestes quotidiens, la vaisselle qui coule, le doigt dans la voiture qui tourne le bouton de la radio, contraste avec quelques éclats lyriques (« ô rien ne vient ») et quelques phrases déracinées en allemand. Elle suit les étapes d’une errance sur le « grand terrain plat et rugueux » de la vie, d’une quête pour retrouver, contre la mort, sa « pulsation ». Nous sommes ainsi devant une poésie à la fois abstraite dans la réflexion qui l’anime et incarnée dans les lieux et les objets, une poésie de la difficile présence au monde des êtres, qui nous touche par ce constat essentiel et tragique.

Paru le 1er mars 2014

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.