Inattention de l’attention

Auteur : Dinu Flamand

Inattention de l'attention

La poésie de Dinu Flamand n’est pas accommodante, elle est souvent amère et cruelle (cruelle d’abord vis-à-vis de son auteur, ce qui est la moindre des élégances). Elle porte constamment, comme un signe au front, sa blessure, la cicatrice qu’à nous tous laisse l’existence pour l’avoir trop aimée, trop désirée fidèle aux promesses de l’enfance qui nous promettait le monde. Flamand n’est pas un cynique mais il est trop lucide pour nous en conter. S’il conserve toujours « la petite pièce de l’espoir / dans un nœud de mouchoir », un nœud pour ne pas totalement oublier, il sait que la poésie c’est « sucer la moelle du cri ». Quel est ce cri ? Celui de Munch assurément, d’effroi métaphysique et d’effarement devant la sourde et impitoyable violence des faits, ceux d’une existence, ceux de l’Histoire.

Extrait de la préface de Jean-Pierre Siméon

Extrait du recueil Inattention de l’attention

ce n’est que par une sorte d’inattention de l’attention

que tu perdis ta dernière décennie en une seule année

lorsque rêveusement tu tournais la tête devant quelque chose
qui te regardait sans te regarder
dans l’épaisse ironie du temps…

Dinu Flamand

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : La Passe du Vent

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.