INSURGÉE

Jeanine Baude

Rouges le trait l’écriture
Saillants sur le vif
Le poids du monde enclavé
Le détourner d’un son d’une voyelle
Le broyer en fines particules

Et ensoleiller le vivant

Ta peur endormie
Ton glaive porteur de beauté
Réveiller la soif sous la glaise
Rouler la boue son chant sourd et lent
Malaxer son rêve enfoui

Sa durée plaie vive encore enterrée

Prise entre les phrases leur miel
Et qui saignent entre les herbes
Le vent te tient assurée d’un envol
Qui sera ce cri cette voix
Sur le devant de l’étang sa houle

Et tu portes le sang et le sens au-delà des rives

Giratoires sur les soirs enfumés crépusculaires
Si leur rougeoiement sillonne
Les champs levés le soc des charrues
La voie les mots creusés leur haleine
Le chaud des éclats de salive sur le sel

Et tu parles tu écris sur la mer ses décombres

Dans une mise au net de ses créatures amphibies
Quand la double langue le métal le cercle
De l’aveu brisent le temps étranger
Du soluble dans l’air des parois broussailles anonymes
Quand messagère fascinante fascinée au centre

Tu lèves le voile des cimes.

Jeanine Baude

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.