Héliotropes de Ryoko Sekiguchi

Ce livre propose une structure inspirée de la forme poétique de la muwashshah pratiquée dans l’Andalousie arabe du Moyen Âge, et notamment de sa kharja, « sortie » du poème résolue par l’insertion de la voix d’un autre, d’une voix autre, pour aborder dans le même geste la question de la « fin du poème ». Comment sortir d’un poème ? Comment un poème peut-il parvenir à sa fin ?
Le thème du jardin déploie une réflexion sur les noms scientifiques des plantes. Les noms savants des plantes, leurs noms latins, ne sont qu’exceptionnellement prononcés, comme s’ils prenaient leurs distances avec les langues parlées pour demeurer dans une altérité irréductible.
En convoquant les noms propres qui n’ont jamais été appelés, il s’agit de rendre leur place aux rangs de la nature, de les décrire sans réduire la part d’incompréhensible qu’ils recèlent afin d’en préserver la distance. « Je passe la parole à l’Autre » ; cette formule caractéristique de muwashshah serait un bon modèle pour réunir les questionnements proposés ici.

Paru le 1er octobre 2005

Éditeur : POL

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.