Haut Fail

Auteur : Erwann Rougé

Qu’est-ce qui se tue ou se sauve d’elle quand on la touche ?

EXTRAIT
Après distraitement essuie la table
la chaise
le merle épie ce qui restera dans l’herbe
fume en cachette une cigarette
se donne le goût du noir après la pluie
parfois bégaie par fatigue
Va ouvrir la porte. Mange la lumière. La sueur mouille son dos.
Etire ses bras, se frotte la poitrine, retient l’odeur des jours dans un papier de soie.
Aujourd’hui, elle n’a rien fait. Elle ira voir la mer.

LE TEXTE
Deux textes frères se succèdent dans Haut Fail. Voa Voa d’abord, poèmes puisés à l’air libre, marchés dans le vent extérieur. Sentiment du corps mouvant dans l’espace aussi bien que recherche physique du langage dans l’adresse à l’autre, il se déploie ici une tension ouverte, un cheminement dans la lumière pour soulever les mots au-dessus de l’oubli.
Haut-Fail ensuite, titre-lieu mystérieux, frère clos du texte précédent, resserré sur la part intime, le corps de l’autre, les gestes familiers, la force secrète du quotidien. Pas murmurés dans l’ombre, mains effleurées, livre posé dans la pénombre, dans ce silence qu’on entend si bien, et dans lequel on vit au milieu de secrets à peine effleurés.
Sortant de ce livre refuge, le sentiment nous vient d’avoir traversé le jour pour se coucher dans les voix du soir, en ayant atteint l’autre à travers les brumes perdues de la parole.

Paru le 1er novembre 2014

Éditeur : Unes

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.