Guennadi Aïgui

Guennadi Nikolaevitch Aïgui, né Hunnadi Lissine, naît le 21 août 1934 à Chaïmourzino en Tchouvachie, république de la Fédération de Russie située dans la région de la moyenne Volga.

Âgé de neuf ans seulement, Guennadi perd son père, instituteur de campagne passionné de littérature française, mort au front. Il est alors élevé, avec ses deux sœurs, par sa mère. Très jeune, et grâce à son père qui lui racontait en tchouvache Les Misérables de Victor Hugo, Guennadi s’intéresse à la littérature. Il écrit ses premiers textes en tchouvache dès l’âge de quinze ans.

À partir de 1953 et de son entrée à l’institut de littérature Maxime-Gorki de Moscou, Guennadi se consacre entièrement à la lecture, y compris celle interdite par les autorités, Nietzsche, Kafka, etc. Il apprend également le français afin de lire Charles Baudelaire.

Guennadi évoquait sa « difficile naissance à la poésie » dans un monde « cerné par le mensonge », où la liberté esthétique était impossible et où le pouvoir en place « semblait éternel ». Vladimir Maïakovski, mais également les autres futuristes, sont ses premiers maîtres.

En 1956, alors surnommé le « Maïakovski tchouvache », il rencontre Boris Pasternak, rencontre exceptionnelle avec ce poète de 44 ans son ainé qui deviendra comme un père spirituel.

Malgré son amour pour la poésie russe de son époque, c’est l’Europe qui fut la première à saluer son œuvre. Ses poèmes, en vers libres, sont en effet traduits dans une vingtaine de langues dès la fin des années 1960. Publiés en Allemagne, Tchécoslovaquie, Suède, France, Grande-Bretagne…, il lui faut attendre la « perestroïka » pour les voir édités en Union soviétique.

En France, il est principalement traduit par Léon Robel qui le décrit comme un « jeune poète tchouvache, distingué par son talent, allant faire des études à l’Institut de Littérature de Moscou, s’y perdant entre « campagnards » et « citadins », revenant chez lui se revivifier par la lecture de Maïakovski, y découvrant Pasternak et, dans Pasternak, Baudelaire. Et par ce dernier la langue française et toute notre poésie, qu’il traduira admirablement en tchouvache. »

Désormais autorisé à voyager, Guennadi peut enfin découvrir cette Europe qu’il a tant chérie à travers les livres. Il découvre ainsi Budapest, Vienne qu’il aime pour Schubert, Berlin, et Paris qui restera sa ville « préférée ».

Il meurt le 21 février 2006 à Moscou, alors âgé de 71 ans.

Bibliographie

Œuvres parues en France

  • Festivités d’hiver, Éditeurs français réunis, 1978.
  • Sommeil-Poésie Poèmes, Éditions Seghers, 1984.
  • Le Cahier de Véronique, Le Nouveau Commerce, José Corti éditeur, 1984.
  • L’Enfant la rose, Le Nouveau Commerce, José Corti éditeur, 1992.
  • Hors commerce Aïgui, Traduction et préface d’André Markowicz, Le Nouveau Commerce, José Corti éditeur, 1993.
  • Interlocuteurs à distances, entretiens, Traduction de Léon Robel, Éditons Circé, 1994.
  • L’Œil des champs, anthologie tchouvache, Traduction de Léon Robel, Éditions Circé, 1998.
  • Conversations à distance, Traduction de Léon Robel, Éditions Circé, 2004.
  • Toujours plus loin dans les neiges, Traduction de Léon Robel, Éditions Obsidiane, 2005.
  • Le dernier départ, Traduction et préface d’André Markowicz, Éditions Mesures, 2019.

Texte en partage