Grand ensemble (concernant une ancienne colonie)

Auteur : Nathalie Quintane

Un fantôme nous hante, insatisfait de sa commémoration (L’Année de l’Algérie, 2003), qui le célébra pour mieux l’effacer encore.

Ce livre donne un corps à ce spectre.

L’auteur y interroge sans relâche sa mémoire personnelle et plus que son souvenir : celui de cette génération d’avant, qui fit la guerre, ces phrases fameuses (« On utilisera tous les moyens », « On ne mettra pas les gants », etc.) que les démocraties s’autorisent parfois sans complexe, mais aussi la légèreté avec laquelle un pays tout entier met en scène son passé.

Les approches formelles, les angles, les tons, les registres se multiplient, se croisent et se répondent : au pragmatisme policier (du grec politeia, organisation politique), Grand Ensemble oppose une pratique de la langue, cruelle et drôle, pour qu’enfin les gorges se desserrent.

Paru le 1er février 2008

Éditeur : POL

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.