Glossolalies d’Albertine Benedetto

Glossolalies d'Albertine Benedetto

Albertine Benedetto questionne les mots. Les met et nous met, à travers eux, à la question au sens originel de l’expression avec ce qu’elle révèle en nous de souffrance et de cruauté – nous abritons nos crocs sous l’arche du sourire. Elle les fouille et fouille dans un même mouvement l’intime de la chair, sa douleur et sa douceur. La bouche en travail dit la soif de parole – cette fringale/ de mots cette manie de l’ouvrir toi –, mais aussi celle du silence. Elle tente d’approcher l’intraduisible – mots imprononçables ailleurs que dans l’étreinte /tout humides encore aux lèvres affolées –, se tend vers l’impossible union au monde – mais c’est la langue qui te tient/dans le halètement des mots/chien courant sur la trace/museau collé à la vitre d’un train/ vers le monde – en dit la séparation, poétiquement, pathétiquement, dans une épreuve de la violence d’exister, où se disent le besoin de l’autre, l’appel à la présence.

Quelle présence réclames-tu maintenant ? le soir vient et le désir terrible de se serrer contre Entendre une autre voix Les bruits que tous les hommes font dans leur tanière suffisent-ils à écarter les ombres ? Comme le silence râpe Ton existence frottée soir après soir est si mince juste une peau tambour où cogne le vide Sommes-nous si primitifs encore à chercher le feu se renifler et se battre ?

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Récitatif au Pays des ombres

Toute ville est un récitatif
j’apprends du verbe apprendre
le bon usage des rues
les paysages de silence
les plages de l’extase
l’amitié des lauriers
l’élégance de l’oiseau-mouche
l’allaitement des ibis
j’apprends par exemple que la mer est un immense gâteau bleu
les soirs d’orage quand les nuages font la gueule
les femmes couchent côté est
pour aider le soleil à se lever

Rodney Saint-Éloi, Récitatif au Pays des ombres , Mémoire d’encrier, 2011.