Glossolalies d’Albertine Benedetto

Glossolalies d'Albertine Benedetto

Albertine Benedetto questionne les mots. Les met et nous met, à travers eux, à la question au sens originel de l’expression avec ce qu’elle révèle en nous de souffrance et de cruauté – nous abritons nos crocs sous l’arche du sourire. Elle les fouille et fouille dans un même mouvement l’intime de la chair, sa douleur et sa douceur. La bouche en travail dit la soif de parole – cette fringale/ de mots cette manie de l’ouvrir toi –, mais aussi celle du silence. Elle tente d’approcher l’intraduisible – mots imprononçables ailleurs que dans l’étreinte /tout humides encore aux lèvres affolées –, se tend vers l’impossible union au monde – mais c’est la langue qui te tient/dans le halètement des mots/chien courant sur la trace/museau collé à la vitre d’un train/ vers le monde – en dit la séparation, poétiquement, pathétiquement, dans une épreuve de la violence d’exister, où se disent le besoin de l’autre, l’appel à la présence.

Quelle présence réclames-tu maintenant ? le soir vient et le désir terrible de se serrer contre Entendre une autre voix Les bruits que tous les hommes font dans leur tanière suffisent-ils à écarter les ombres ? Comme le silence râpe Ton existence frottée soir après soir est si mince juste une peau tambour où cogne le vide Sommes-nous si primitifs encore à chercher le feu se renifler et se battre ?

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.