Georges Wolinski

Francis Combes

Ses dessins disaient
le désir,
la vie, l’amour, le plaisir.
Et même dans la satire
il restait gentil.
Sous son crayon le printemps frisait
au cœur de l’hiver
et la Terre
se fleurissait de femmes…

Pour seule arme
au service de la vie et de la vérité
ses amis et lui n’avaient qu’un crayon.
C’est pourquoi ceux qui ont l’ignorance et la mort pour toute religion
les ont tués.

(Mort atroce
et héroïque
de ceux qui ne rêvaient pas d’être des héros).

Georges disait « On peut être féroce,
jamais méchant ».
Ils ont été tués par des types bêtes et méchants
victimes eux-mêmes
de la nuit qui a envahi leur esprit.

Incapables de répondre par l’humour
à un trait d’humour,
sur eux, les tueurs ont tiré un trait
à la kalachnikov.

Qui sont ces guerriers qui s’attaquent à des hommes,
des femmes désarmés ?
Où est le courage ? Où est la lâcheté ?

Fiancés de la mort,
ils se croyaient les émissaires de Dieu ;
ils n’étaient que des enfants perdus
les enfants perdus de la République et de l’islam
nos enfants perdus.

Qui était leur Dieu ?
Un leadeur mafieux ? Un dealer ?
Un super-chef de gang
qui règne par la terreur
et lance des contrats
sur les membres des autres bandes ?

Ils se croyaient habités par la foudre ;
ils ont été foudroyés.
Ils se croyaient exécuteurs
de la volonté divine ;
ils ont été les victimes
de leur propre peur.

La vertu (courage et pureté)
est toujours du côté
de la joie et de la vie.
D’hier à aujourd’hui
sont fascistes tous ceux qui crient :
Vive la mort !

Ceux qui dans le monde entier
font parler les armes
divisent les peuples et poussent au drame
sont damnés et condamnés.

Georges et ses amis
n’avaient aucun goût pour le drame.
Ils étaient les pratiquants d’un bonheur insolent.

Francis Combes, le 10/01/2015

Poème
de l’instant

Guennadi Aïgui

« Un peu »

bonheur ? – « Un peu »
béatitude – « Un peu » :

ô murmure : comme vent – du soleil :

de pain – un peu… et de lumière du jour… –

et du petit bruit des hommes
comme d’une nourriture – pour la Mort prête… –

que nous la rencontrions paisiblement
comme si nous étions tous toujours sur tout seuil –

en fraternelle souffrance… –

ô notre liberté !… – lueur d’âme :

simple :

« Un peu »
1975

Aïgui, « Un peu », Festivités d’hiver, traduit du russe par Léon Robel, Les Éditeurs français réunis, 1978.