Gabriel Audisio

(1900 – 1978)
D’origine marseillaise, Gabriel Audisio passe son enfance à Alger et poursuit des études orientales. Il cherche par l’écriture poétique à célébrer la beauté et la nature, notamment méditerranéenne. Poète solaire, altruiste, il est proche de l’Ecole d’Alger puis de l’Ecole de Rochefort. Devant l’épreuve de la guerre, qu’il vit en 1914 puis en 1939, il fait le choix de la résistance et voit dans la poésie un signe d’espérance. Prisonnier, il récite pour ses compagnons de cellule des poèmes et voit comme une révélation l’une des grandes vertus de la poésie, celle de « mettre le baume aux plaies de la détresse humaine ».

Extrait

PEAU NEUVE

Tous les ans la saison et toujours sa couleur
Sa forme son parfum,
Qui pourra nous guérir des matins similaires
Qui jamais ne font qu’un ?
Je voudrais pouvoir dire
Que le printemps est bleu de cristaux déposés
Sur l’herbe du corail qui rentre sous la terre.
Je voudrais que l’hiver suspende des lianes
Aux arbres, que les singes
S’y mordent échauffés par la rougeur des neiges.
Il faudrait que l’été presse l’eau des étoiles
Que tout jardin devînt non pas un nid de feuilles
Mais descente et cascade
Du jus noir expulsé par le ventre des poulpes.
Et surtout qu’à l’automne arrive un vent d’argent,
Un bain galvanisé par ce métal très blanc :
La scintillante aurore
Des armures de la jeunesse, au vol du temps
Perdues s’entrechoquant.
Si la saison faisait peau neuve tous les ans
Alors on guérirait de n’avoir pas changé.

extrait de "C’était hier, et c’est demain", éd. Seghers, 2004

Bibliographie

  • Hommes au soleil, Mâcon, impr. Protat frères, In-8, 1923
  • Ici bas, Alger, impr. Basset, 1927
  • Poèmes du lustre noir, Robert Laffont, 1944
  • Racines de tout, Mortemart, éd. Rougerie, 1975
  • De ma nature, Mortemart : Rougerie, 1977