Françoise Coulmin

Née jour pour jour cinquante ans après la mort de Rimbaud, vit en Normandie. Sa poésie se heurte aux temps inexorables du quotidien et du géologique où se déploie l’humanité entière. Elle s’en échappe par la dérision, l’indignation et la tendresse, la quête d’une totalité solidaire où les mots affirment tout à la fois la désespérance et la volonté. Poète de combat et de résistance, elle reste un électron libre et rebelle.
A mis en œuvre deux anthologies aux éditions Le Temps des Cerises, Et si le rouge n’existait pas, (67 auteurs, 2009) et Nous la multitude, (107 auteurs, 2010).
Un extrait de Pour durer est le support d’une œuvre musicale du compositeur Valéry Aubertin : Conversation du silence avec le silence, pour orgue, violoncelle et voix.
A collaboré avec les plasticiens : A. de Schucani, J.P. Faccon, (Livre pauvre), B. Dusserre Bresson. Figure dans une trentaine d’anthologies, dans plusieurs blogs de poètes et dans de nombreuses revues en ligne et papier, (France et étranger).
Nombreuses participations à des festivals et rencontres de poésie, (Fr et étranger).
Sociétaire de la Société des Gens de Lettres (SGDL), du P.E.N. Club français, de la Nouvelle Pléïade.

Extrait

LUCY

Lucy, fossile hominidé d’Afrique
que le hasard des fouilles donne
comme étant notre plus vieil ancêtre
environ 3 millions d’années)

Je suis kurde sémite arménien sumérien grec hittite
je suis de ces exodes et je marche
à la quête en poussant mes troupeaux loin
des démons qui me poursuivent et m’assaillent
et me brûlent

Je suis les battements-percussion d’un cœur à corps
rythmes qui m’entrechoquent
soulevant une à une toutes les peaux successives
du moi des âges
souffles qui se relaient

Moi Lucy ultime couchée long la grande femme Afrique
premier homme
crâne ouvert aux étoiles
penché sur cet Orient qui me ramène mongol et perse
haletant aux espaces

Ces rivages me pèsent j’assaillirai les astres et aussi
les soleils
je traquerai le nègre je parquerai l’indien je suis
l’arme virus l’alpha laser l’anti cellule
le radical extrême

Je te ferme les yeux dans la puanteur des bouches
à sourire
étais-tu moi carnage perdu dans une cause
qui n’était pas la mienne armé sans réfléchir
remonté d’eaux profondes ventre enflé,

Je me consume je me transperce au sabre
je suis douce sati
eunuque pour te garder je suis galérien cotonnier mineur d’éponges
diamantier sucrier gabellier mangeur d’ordures
et prostitué

Tu te serres contre moi je m’accroche à tes tripes
cachés dans ce charnier
tu me parles en des mots que je ne comprends pas
j’ai cru te reconnaître à la dernière lueur de l’aube
en ce stade

Je suis le gosse enfoui séisme après séisme
l’enseveli des boues
je ne saigne plus je sèche au vent.
je sèche aux mouches j’essuie ma pourriture
à ma terre à mon sable

Lucy tu me regardes pétrifiée insensible
nonchalamment figée
aussi indifférente que la nuit à ma peur
Lucy ma mère Lucy mes fils
inexorable

extrait de POUR DURER, Le Dé bleu/Les Écrits des Forges, 1993

Bibliographie

Publications

  • Hurluberlures, d’une grand-mère pas très sage, Éditions Motus, 2019.
  • Des pas rythmés par la mémoire, Éditions Henry, 2014.
  • Errer appartenir, Éditions La Feuille de thé, 2014.
  • Pendant qu’il est encore temps, Éditions Le Temps des Cerises, 2012.
  • Errer appartenir, Éditions Caractères, 2012.
  • Guérir d’enfance, préface de W. Lambersy, Éditions L’Harmattan, 2012.
  • Quelques méchancetés moins une (préface de J.L. Despax), Éditions L’Harmattan, 2011.
  • La rue, Poésie 2005 du Théâtre Molière/Maison de la poésie
  • Le monde saigne devant toi, Éditions Temps des cerises, 2005.
  • Tous les homme sont des poètes, Éditions Le temps des cerises, France, 2002.
  • Mais de ce qui se perd, Éditions L’arbre à paroles, Belgique, 1998.
  • Une pâleur d’acharnement, 21/3, Éditions L’éclaireur, France, 1998.
  • Entrer rebelle en ère de deuil, Éditions La Bartavelle, France, 1997.
  • Pour durer, Éditions Le Dé bleu / les écrits des forges, France et Québec, 1993.

Plusieurs de ses textes, hors recueil, figurent en revues et anthologies.