François Augiéras, l’aventurier radical par Joël Vernet

Auteur : Joël Vernet

Par Joël Vernet

Écrivain dont la naissance est contemporaine du décès de son père, et qui quitta les États-Unis entre sa mère et le cercueil du père, François Augiéras fut manifestement marqué, et son œuvre, selon Joël Vernet, en témoigne, par cette scène initiatique. En effet, l’ensemble de ses écrits, et sa vie même, se caractérisent par un sentiment d’absence, de perte, dont semble découler une attitude de fuite, de rejet à l’égard des événements historiques pourtant décisifs (la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie, mai 68), et plus largement de ses contemporains, du monde occidental, de la Ville… Joël Vernet parle à ce sujet d’une volonté, chez Augiéras, d’échapper à l’histoire, et écrit : « Ses livres sont bâtis comme une agression contre son époque, la civilisation, les mœurs d’Occident. » Il qualifie alors son œuvre d’« insaisissable, délibérément agressive, revendicative, péremptoire, orgueilleuse, brute, innocente, naïve ». L’histoire, toutefois, à travers l’Occupation en France et la décolonisation en Algérie, a inscrit son empreinte dans l’écriture d’Augiéras qui, malgré une « posture sauvage, marginale, isolée », n’en est pas moins submergé dans « l’épopée de son temps ». Mais, cherchant refuge dans la nature, dans le désert saharien, ou encore dans une grotte, François Augiéras n’est pas pour autant « en fuite », mais bien plutôt « en quête », celle des origines, d’une destinée ontologique dont les éléments terrestres apparaissent comme les messagers.

François Augiéras naît le 18 juillet 1925 aux États-Unis, deux mois après la mort de son père. Sa mère décide de rentrer en France avec l’enfant. Ils vivent d’abord à Paris, puis en Dordogne.
À partir de 1946, il effectue des voyages au Maghreb. Il écrit Les Amours d’Abd Ahhah le Chaamba, ainsi que Le Vieillard et l’Enfant. Ce livre – sulfureux pour l’époque – lui permet de rencontrer André Gide, enthousiasmé par sa lecture. Se succèdent ensuite les publications : Un voyage au Mont Athos, L’Apprenti sorcier, Le Voyage des morts, Une adolescence au temps du Maréchal… Son œuvre suscite une véritable communauté secrète de lecteurs : Jean Boyé, Jean Chalon, José Corréa, Gaston Criel, Marcel Loth, Pierre-Charles Nivière, Joël Picton, Paul Placet, Jacques de Ricaumont…
Toute sa vie, François Augiéras aura vécu en marge de la société occidentale ; à la recherche de ses origines et d’une communion avec la nature. Voyageur infatigable, il se fixe en Dordogne où, reclus dans une grotte, il écrit et peint sans relâche, continuant sa « trajectoire ». Son décès survient le 13 décembre 1970 à l’hôpital de Périgueux.

Joël Vernet est né en 1954. A été profondément marqué par un long séjour à Gao dans les années 1975. Plusieurs voyages dans le sud algérien. Découvre l’œuvre de François Augiéras dans les années 80 et une amitié profonde va naître avec Paul et Annie Placet, Marcel et Gilberte Loth et d’autres proches d’Augiéras, en Périgord. A publié plusieurs livres aux éditions Fata Morgana, Lettre à l’abandon dans un jardin, Totems de sable, La main de personne, Petit traité de la marche en saison des pluies, Sous un toit errant, Lettre d’Afrique à une jeune fille morte. Aux éditions Lettres Vives, Lettre de Gao, Le silence n’est jamais un désert, Les jours sont une ombre sur la terre, La vie nue, La journée vide, La nuit errante. Aux éditions Cadex, La peur et son éclat, La mort est en feu, L’enfance est mon pays natal. Aux éditions L’Escampette, Lâcher prise. Est l’auteur, avec le photographe Bernard Plossu, d’un ouvrage sur le Mali : Lettre pour un très lent détour, éditions Filigranes. A collaboré avec plusieurs peintres, en particulier l’artiste Jean-Gilles Badaire ; et des photographes, Julie Ganzin, Pierre Verger.
A dirigé un numéro des éditions Autrement : Pays du Sahel.

Paru le 10 novembre 2004

Éditeur : Jean-Michel Place

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : question qui nous échoit, question que rien n’épuise.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.