Filles en fleur dans la poésie sanskrite de Dominique Wohlschlag

L’Inde est terre de contrastes. Elle hante notre imaginaire de mendiants hagards grouillant sur le parvis des temples comme de bayadères langoureuses dansant sur les bords d’un étang. Imperturbable, l’ascète nu marche au milieu de senteurs et de mélodies flottantes d’une enivrante sensualité. Un moine bouddhiste du 11ème siècle aime les fleurs. De rhétorique s’entend. Dans un monastère perdu du Bengale il compose pour la postérité durant ses loisirs un bouquet de 1738 vers « bien tournés », puisés çà et là dans l’immense réservoir du kâvya, la poésie lyrique sanscrite. Il y est question de nostalgie amoureuse, de dieux, de saisons, d’exploits chevaleresques, mais aussi de misère, d’adultères, de fantômes. La présente sélection retient les pièces où les poètes se sont ingéniés à décrire l’instant trouble où la jeune fille devient femme. Nulle part ailleurs on ne touche plus à l’indicible, c’est-à-dire à la fugace essence de la poésie. En se découvrant à elle-même la Beauté devient Pouvoir mais elle ne le soupçonne pas. Eros est bien né. Il est à l’affût mais la belle ignore encore jusqu’à son nom.

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : Aire

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.